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CONNAISSANCE DE DROIT ET CONNAISSANCE DE FAIT

Selon l'expérience de pensée du démon de Laplace, il est possible de prédire le futur de l'univers à condition de connaître l'état de chacune de ses particules à un instant T. Et en droit, on ne voit pas ce qui empêcherait une connaissance parfaite de l'état de chacune des particules, et par conséquent de l'univers dans son entier.

Arrêtons donc de penser en droit et pensons en fait. Connaissons-nous l'état de toutes les particules de l'univers à un instant ? Ou même d'une fraction significative de cet ensemble de particules – mettons, un dixième ? Un centième, un millionième, un milliardième ? Si le nombre d'atomes de l'univers atteint un ordre de grandeur de 1080, songez au nombre ridiculement petit de corps dont nous pouvons mathématiser les interactions sans trop déborder dans le champ de la complexité, c'est-à-dire en ne prenant en compte que l'interaction gravitationnelle – à savoir 2 corps. Dès que l'on dépasse ce nombre, les choses se complexifient au point d'échapper à notre connaissance, sans qu'aucune équation manipulable ne soit accessible : c'est le problème à 3 corps, pauvre simplification du problème à n corps.

Quel est dès lors le statut de la connaissance de fait à laquelle nous avons accès ? De ce que nous connaissons vraiment, pour risquer une classification, nous sommes coincés entre les réactions d'une bactérie à son environnement et une immensité qui, en raison de son incommensurabilité quantitative avec nos pauvres capacités, devient une hétérogénéité qualitative. La bactérie qui réagit à son environnement peut-elle dire qu'elle connaît quelque chose ? Si elle le disait, ne hocherions-nous pas la tête de pitié devant son aveuglement, devant sa vanité, nous qui avons accès aux secrets de l'atome, des mathématiques, des étoiles ? Songez à l'horreur de ce vide immense dont nous ne percevons presque rien, ce vide qui s'étend de façon incompréhensible dans l'espace et dans le temps, dans l'infinité et dans la complexité...

Songez que notre pauvre cerveau est incapable de comprendre aussi loin, de façon aussi précise, qu'il n'est pas plus capable d'appréhender l'horreur qui nous surplombe et nous dédaigne qu'un atome de carbone ne peut comprendre la bactérie, que la bactérie ne peut comprendre un cerveau. Nous sommes perdus dans un vide indifférent, au sein duquel tous nos travaux n'auront été qu'une ondulation fugace sur la ligne du hasard et au final, il ne restera rien.

Insupportable ? Nous sommes perdus dans l'horreur...

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